Des grenouilles contre des fusées : de quoi s’agit-il exactement ?

par LA REDACTION
Le 1er novembre, XploraSpace, le média en ligne qui « explore l’espace », a relayé une vidéo qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. On y voit Hélène Huby, fondatrice et PDG de The Exploration Company, expliquer que son entreprise a été ralentie dans le développement de ses installations spatiales par des problèmes liés aux « grenouilles » et aux « vipères ».
La séquence, qui a suscité de nombreuses réactions, n’est pourtant pas récente. Elle semble avoir été enregistrée en juillet 2025, à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
Mais que se cache-t-il exactement derrière cette histoire de grenouilles et de fusées ? Pour le comprendre, NaturaVox a examiné les documents administratifs et scientifiques du projet.
Un projet spatial sur un ancien site industriel
The Exploration Company développe notamment la capsule spatiale réutilisable Nyx et des moteurs de propulsion, dont Huracan. Pour procéder aux essais de moteurs, l’entreprise veut aménager un site dans la zone de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac.
Le terrain concerné mesure 0,56 hectare, soit 5 600 m². Il a déjà été utilisé pour des essais de moteurs depuis le début des années 1980. Des bâtiments et parkings y sont présents : 0,31 hectare est déjà artificialisé. Le projet repose donc sur la réutilisation d’un site industriel existant.
Quelles espèces ont été recensées ?
Les inventaires naturalistes mentionnent notamment la Grenouille agile, la Vipère aspic, la Couleuvre verte et jaune et le Lézard des murailles. Ils signalent aussi le Lotier hispide, une plante protégée régionalement. Ces espèces animales ne sont pas rares, mais leur protection réglementaire s’applique quand même.
Dans son avis du 11 décembre 2025, le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel (CSRPN) écrit : « Le site présente une faible naturalité et abrite peu de biodiversité ». Il s’interroge aussi sur la signification écologique de la présence de la Vipère aspic et du Tarier pâtre : individus erratiques, présence marginale ou témoignage d’une population voisine ? La mention de l’Écrevisse de Louisiane, espèce invasive qui suppose une connexion aquatique, l’interpelle également.
Le CSRPN reconnaît néanmoins un enjeu pour la Vipère aspic et l’alignement de saules, et un enjeu modéré pour les chauves-souris. Il juge globalement faibles les enjeux pour la plupart des autres groupes étudiés.
Des compensations et trente années de suivi
Le projet affecterait notamment 999 m² d’habitat de la Vipère aspic, 1,5 mètre linéaire d’habitat de reproduction de la Grenouille agile et 95 m² de stations de lotier, d’après le dossier examiné par le CSRPN.
L’autorisation prévoit des barrières anti-franchissement pour les amphibiens, des aménagements pour les reptiles, une transplantation du lotier et une compensation d’habitat pour les reptiles sur 2 410 m². Un plan de gestion écologique et des suivis sont également imposés : chaque année pendant les cinq premières années après travaux, tous les trois ans jusqu’à la quinzième année, puis tous les cinq ans jusqu’à la trentième. Un bilan des engagements est prévu la trente et unième année.
Le CSRPN a rendu un avis favorable sous conditions, tout en critiquant les lacunes du dossier et la pertinence de certaines propositions de compensation. Sa conclusion est explicite : « Globalement, le CRSPN s’étonne d’une certaine légèreté dans les analyses de ce dossier qui contraste avec l’importance accordée aux suivis pour un site avec une aussi faible surface et peu d’enjeux. »
Les grenouilles ont-elles réellement retardé les fusées ?
Les documents confirment la nécessité d’études écologiques, de mesures d’évitement, de réduction et de compensation ainsi que d’une dérogation concernant les espèces protégées. Ils ne permettent cependant pas d’établir quelle part des retards évoqués par Hélène Huby est imputable à cette seule procédure, d’autant que le CSRPN pointe des insuffisances dans le dossier soumis.
L’autorisation environnementale a finalement été accordée le 15 juillet 2026. Derrière les « grenouilles » et les « vipères » se trouvent donc un projet industriel spatial, un terrain de 5 600 m² déjà artificialisé à plus de la moitié, quelques enjeux écologiques localisés et des engagements de suivi sur trois décennies.
Sources : Avis du CSRPN Nouvelle-Aquitaine du 11 décembre 2025, dossier n° 27635372 ; arrêté préfectoral d’autorisation environnementale du 15 juillet 2026 (articles 5.1.5 et 5.1.7).

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