Une nouvelle espèce de couleuvre en France ?

par LA REDACTION
Trois couleuvres fer-à-cheval ont été découvertes en 2025 sur l’île de Porquerolles, dans le Var. Dans une étude publiée par la Société herpétologique de France, des chercheurs s’interrogent sur l’installation possible de ce serpent jusqu’alors absent de la faune française. Une nouvelle étape dans l’histoire d’une espèce déjà introduite dans plusieurs îles méditerranéennes, avec des fortunes diverses.
La couleuvre fer-à-cheval (Hemorrhois hippocrepis) pourrait-elle devenir une nouvelle espèce de serpent présente en France ? C’est la question posée par une équipe d’herpétologues dans le numéro 189 du Bulletin de la Société herpétologique de France, publié en août 2026.
Entre 2020 et 2025, six individus ont été observés dans le Var et les Alpes-Maritimes, dont trois sur la seule île de Porquerolles, en 2025. Ces découvertes intriguent les scientifiques, car ce serpent, originaire d’Afrique du Nord et de la péninsule Ibérique, n’avait encore jamais été signalé à l’état sauvage sur le territoire français.
Reconnaissable à ses grandes taches sombres et au dessin en forme de fer à cheval qui orne l’arrière de sa tête, cette couleuvre peut dépasser 1,50 mètre de longueur. Elle se nourrit notamment de lézards, de petits mammifères et d’oiseaux.
Porquerolles, une île favorable à son installation ?
C’est surtout la situation de Porquerolles qui retient l’attention des chercheurs. En quelques mois, entre mai et août 2025, trois jeunes couleuvres fer-à-cheval y ont été découvertes dans différents secteurs de l’île.
Ces observations sont d’autant plus remarquables que Porquerolles bénéficie d’un suivi scientifique régulier de ses reptiles. Entre 2011 et 2023, un programme de capture-marquage-recapture avait permis de recenser près de 150 serpents appartenant à trois espèces différentes, sans jamais détecter la couleuvre fer-à-cheval.
Son arrivée pourrait donc être récente. Mais trois découvertes en une seule année laissent aussi envisager que d’autres individus soient déjà présents sur l’île, sans avoir été repérés.
La question est désormais de savoir si ces serpents sont simplement des visiteurs involontaires ou s’ils ont commencé à s’y reproduire. Pour l’instant, aucune reproduction n’a été démontrée.
Comment l’espèce aurait-elle gagné Porquerolles, située à 2,4 kilomètres du continent ? Les chercheurs privilégient la piste du commerce des végétaux ornementaux, et notamment des vieux oliviers. Leurs troncs creux et leurs racines peuvent abriter des reptiles en hivernation, qui sont ainsi transportés à leur insu sur de longues distances.
Or, une oliveraie a précisément été créée en 2021 sur une propriété de Porquerolles, à proximité de l’un des lieux de découverte. Il ne s’agit évidemment pas d’une preuve, mais cette coïncidence renforce l’intérêt de cette piste.
L’île n’en serait d’ailleurs pas à sa première introduction accidentelle de reptiles. La Tarente de Maurétanie y est apparue au début des années 2000 et un Orvet de Vérone y a été observé en 2021.
Surtout, le climat pourrait permettre à la couleuvre fer-à-cheval de survivre durablement. Avec ses étés chauds, ses hivers doux et son fort ensoleillement, Porquerolles présente des conditions comparables à celles de certaines régions espagnoles où l’espèce est naturellement présente. Le réchauffement climatique pourrait encore favoriser son acclimatation.
En Sardaigne, une introduction peut-être vieille de plusieurs siècles
La découverte de la couleuvre fer-à-cheval à Porquerolles s’inscrit dans une histoire bien plus ancienne de déplacements de cette espèce en Méditerranée.
En Sardaigne, sa présence est attestée depuis le début du XIXe siècle. Pourtant, cette population serait elle aussi issue d’une introduction humaine. Une étude génétique publiée en 2020 a montré que les couleuvres sardes, comme celles de l’île italienne de Pantelleria, étaient étroitement apparentées aux populations de Tunisie et de l’est de l’Algérie.
Les chercheurs ont envisagé une introduction remontant à l’Antiquité, lorsque les navigateurs carthaginois entretenaient d’importants échanges commerciaux entre les différentes rives de la Méditerranée. Mais cette hypothèse reste à démontrer.
Fait intéressant, malgré son ancienneté, la population sarde n’a jamais colonisé l’ensemble de l’île. Une étude publiée en 2025 montre qu’elle demeure essentiellement concentrée autour de Cagliari, dans le sud. Elle est même aujourd’hui considérée comme vulnérable en Italie, en raison de sa distribution très restreinte.
À Ibiza, un scénario moins favorable
L’histoire est radicalement différente à Ibiza, dans les Baléares. La couleuvre fer-à-cheval y a été introduite au début des années 2000, vraisemblablement avec des oliviers ornementaux importés d’Espagne continentale.
En quelques années, le serpent s’est multiplié et a colonisé une grande partie de l’île, provoquant un effondrement des populations du lézard des Pityuses (Podarcis pityusensis), une espèce endémique des Baléares.
Cette invasion constitue aujourd’hui l’une des principales menaces pour la conservation du lézard des Pityuses.
Quel avenir pour la couleuvre fer-à-cheval en France ?
À Porquerolles, rien ne permet encore d’envisager un tel scénario. L’île abrite déjà trois espèces de serpents indigènes : la Couleuvre de Montpellier, la Couleuvre à échelons et la Coronelle girondine. Leur présence, tout comme celle de prédateurs potentiels, pourrait limiter le développement de la nouvelle venue.
Les chercheurs invitent néanmoins à une surveillance attentive. Ils préconisent notamment, par précaution, le retrait des individus observés, tout en soulignant les difficultés et les risques écologiques que pourraient présenter des opérations de piégeage à grande échelle.
Car la présence d’une espèce introduite ne signifie pas nécessairement qu’elle deviendra envahissante. L’histoire de la couleuvre fer-à-cheval en Sardaigne et à Ibiza en fournit deux illustrations très différentes.
En tout cas à l’échelle nationale, et au vu de la très bonne santé du commerce des oliviers, il est possible que les observations de cette couleuvre se multiplient dans l’avenir, surtout sur le pourtour méditerranéen où le climat est favorable à l’espèce.

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