La forêt française poursuit sa progression : l’IGN met deux siècles de reconquête en cartes

par LA REDACTION

La progression des surfaces forestières françaises est un phénomène bien documenté. L’atlas 2026 de l’IGN vient le confirmer et lui donner toute sa dimension : avec 17,6 millions d’hectares dans l’Hexagone et en Corse, la forêt occupe presque deux fois plus d’espace qu’au XIXe siècle. Un remarquable travail de cartographie éclaire cette transformation de nos paysages.

La forêt française gagne du terrain. Pour ceux qui suivent le sujet, le constat n’est pas une surprise. Les inventaires forestiers décrivent depuis longtemps cette expansion, engagée au XIXe siècle. L’atlas 2026 de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) apporte une nouvelle confirmation de cette tendance et permet surtout d’en mesurer l’ampleur.

De 8,9 millions d’hectares en 1840, les surfaces forestières sont passées à 17,6 millions d’hectares dans l’Hexagone et en Corse. Elles couvrent désormais près d’un tiers du territoire. Et cette reconquête se poursuit : l’Institut fait état d’une progression moyenne de 90 000 hectares par an, soit plus de huit fois la superficie de Paris.

L’intérêt de cet atlas dépasse cependant le rappel de quelques grands chiffres. Par la qualité de ses cartes, de ses infographies et de ses explications, l’IGN rend accessible l’histoire des transformations agricoles, des dynamiques naturelles et des choix d’exploitation forestière.

Deux siècles de reconquête

Au XIXe siècle, l’industrialisation et l’exode rural entraînent l’abandon de certaines terres agricoles. Les progrès de l’agriculture permettent parallèlement de produire davantage sur des surfaces plus réduites. Les arbres retrouvent alors une place sur des espaces auparavant cultivés ou pâturés.

Dans un entretien publié dans l’atlas, le chercheur Jean-Luc Dupouey, de l’INRAE, rappelle que cette reconquête s’est d’abord produite spontanément. Elle a ensuite été accompagnée par des plantations, notamment de résineux, financées par l’État.

Les forêts que nous parcourons aujourd’hui sont ainsi, pour une partie d’entre elles, relativement récentes. Dans les sous-bois se rencontre souvent les traces anciennes des pâturages exploités il y a plusieurs générations.

Des cartes qui racontent les paysages

La confrontation des cartes d’état-major du XIXe siècle avec les données forestières contemporaines permet de suivre concrètement le déplacement et l’extension des boisements.

La progression apparaît particulièrement marquée sur les terres où l’agriculture était la moins rentable, notamment dans les secteurs de basse montagne du sud du Massif central, dans les Alpes du Sud ou en Corse. Les feuillus y ont largement gagné du terrain. Dans les Landes, le Limousin, la Sologne ou le Morvan, les plantations de résineux ont également contribué à remodeler les paysages.

Les grandes plaines fertiles du Bassin parisien ont, à l’inverse, conservé leur vocation agricole. L’expansion nationale n’efface donc pas les différences locales, ni les pertes de boisements qui ont pu survenir dans certains territoires.

Une richesse qui dépasse la seule surface

L’ouvrage explore aussi les multiples fonctions de ces espaces boisés. Les forêts de l’Hexagone accueillent quelque 190 essences d’arbres, 73 espèces de mammifères, 120 espèces d’oiseaux et 30 000 espèces d’insectes, selon les chiffres rassemblés dans l’atlas.

Elles participent à la régulation des températures : les températures maximales y sont en moyenne inférieures de 4 °C à celles des milieux ouverts environnants, grâce à l’ombrage et à la transpiration du feuillage.

Production de bois, stockage du carbone, biodiversité, loisirs : l’IGN restitue cette diversité de fonctions sans réduire la forêt à un simple indicateur de superficie. C’est aussi ce qui fait la qualité de ce travail de synthèse.

Une progression qui n’exclut pas les difficultés

L’atlas aborde également les fragilités des peuplements. Sécheresses, maladies et insectes ravageurs contribuent à une augmentation de la mortalité des arbres.

Ces difficultés ne conduisent toutefois pas les spécialistes interrogés à parler d’un déclin généralisé des forêts françaises. Le renouvellement se poursuit, sous l’effet des dynamiques naturelles et des interventions des gestionnaires.

Le bilan mérite donc d’être lu dans toutes ses dimensions. La forêt française s’étend, tout en se transformant et en affrontant de nouvelles contraintes. En documentant ces évolutions avec rigueur et en les rendant lisibles grâce à une cartographie soignée, l’IGN accomplit un précieux travail de connaissance et de transmission.

Source : IGN, Atlas 2026 — Cartographier l’anthropocène : La forêt. Les chiffres cités proviennent de différentes périodes d’observation et ne portent pas sur la seule année 2026.

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